Le sentiment de ne pas être à sa place
19 octobre 2026 · 4 min de lecture · Confiance en soi
Quand je promenais mes jumeaux, on me prenait souvent pour la baby-sitter.
J'avais vingt et un ans. J'étais leur mère. Et pourtant, le mot « maman » sonnait faux dans ma tête.
J'avais l'impression de ne pas être assez bien pour eux. De ne pas les mériter.
Il m'a fallu sept ans pour que ce mot devienne vrai.
Ce n'est pas un défaut de caractère
Nous sommes nombreuses à ressentir ce sentiment de ne pas mériter notre place, surtout quand nous faisons quelque chose de nouveau ou d'inhabituel.
La première cliente. La première conférence. Le premier poste. Le premier enfant.
On attend un compliment, la validation d'un proche, ou celle d'une personne plus expérimentée. On se dit qu'après, ça ira.
Et ça ne vient jamais vraiment. Parce que la personne la plus difficile à convaincre, parfois, c'est nous.
Pourquoi les compliments ne suffisent pas
Mon mari me répétait souvent : « Tu es la meilleure mère que je connaisse. Pour t'en rendre compte, tu n'as qu'à observer tes enfants. »
Et je répondais : « C'est vrai. Mais mes garçons sont gentils naturellement, c'est leur caractère. Je n'y suis pour rien. »
Voilà le mécanisme. Chaque preuve qui arrive, on la renvoie à autre chose : la chance, les autres, le hasard. On garde le système intact.
Ce n'est pas de la fausse modestie. C'est une façon de se protéger : si je ne m'attribue rien, je ne peux rien perdre.
Les trois choses qui m'ont aidée
Mettre un nom dessus. Longtemps je n'avais pas de mot pour ce que je vivais. Aujourd'hui je sais : c'était un syndrome de l'imposteur de maman. Nommer ne règle pas tout, mais ça arrête de croire qu'on est la seule.
Noter les preuves, pas les ressentis. Pas « je crois que j'ai bien fait ». Mais des faits : ce qu'une cliente a dit, ce qui a changé chez elle, la date. Les ressentis changent avec la fatigue. Les faits restent.
Attendre le temps qu'il faut. Ce qui a fini par me faire sentir mère, ce n'est pas une prise de conscience : c'est la durée, et le fait d'être enfin heureuse et apaisée. À sept ans, mes fils savaient qui j'étais, et personne ne pouvait plus me les prendre. C'est là que je me suis autorisée à le ressentir.
Ce que je dirais à celle qui lit ça
Tu n'as pas à te sentir légitime pour commencer.
Tu commences, et la légitimité vient après. Dans cet ordre-là, jamais l'inverse.
Les questions qu'on me pose
Est-ce que ça touche surtout les femmes ?
Je ne peux parler que de ce que j'observe : chez moi, ce sont presque toujours des femmes qui en parlent. Les hommes que j'ai accompagnés le formulent autrement.
Comment faire quand ça bloque avant une prise de parole ?
On prépare le corps avant la tête : respiration, posture, et une phrase courte apprise par cœur pour les dix premières secondes. Le reste suit presque toujours.
C'est du coaching ou de la thérapie ?
Du coaching. Si ce que tu portes vient de très loin et t'empêche de vivre, c'est un thérapeute qu'il te faut, et je te le dirai.
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